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Je suis Jack. Et faudra faire avec.

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mercredi, 22 octobre 2008

Anna - Des souvenirs au présent.

J'ai donc croisé Anna, ici, à des milliers de kilomètres d'Uppsala.

Elle me sourit et s'approche de moi sans l'ombre d'une hésitation. Son tailleur noir strict et élégant griffé Armani lui va comme un gant. Il témoigne aussi d'une belle ascension sociale. Nous parlons quelques minutes, elle est pressée. Elle m'arrache un rendez-vous, ce soir, dix-neuf heures trente, au Plaza.

Je n'ai pas mis les pieds au Plaza depuis près d'un an. Mon dernier séjour ici c'était assez mal terminé et l'on m'avait proprement mis à la porte. Heureusement pour moi, la direction a depuis connu quelques remaniements. L'un des portiers me reconnaît et semble peu enclin à me laisser entrer. Il me demande de passer mon chemin. Je sors une carte de visite et griffonne quelques mots sur son envers. Je la plie et demande à l'homme d'être assez aimable pour la porter à Shane Krige. Le portier se raidit et disparaît. Ses collègues m'observent avec crainte et curiosité. Shane vient me chercher lui-même, le portier le suit d'un air contrit et désolé. J'ai connu Shane à Dallas. A cette époque il était directeur du Mansion on Turtle Creek. Je l'avais sorti d'une paire de mauvais pas. Le genre de travers qui brisent un homme ambitieux. Aujourd'hui il est le roi du New York Plaza. Il m'invite à entrer et m'explique que je suis ici chez moi. Nous discutons. Je lui dis que je suis là pour affaire. Il me recommande la cuisine de Didier Virot - un compatriote - et m'invite à repasser dès que possible pour gouter un vieux single barrel qu'il garde dans son bureau. Nous nous séparons sur une poignée de main et je me dirige vers l'un des multiples salons de l'hôtel.

Anna est là. Elle semble heureuse de me voir. Nous discutons devant un verre. Je n'ai pas besoin de lui poser de question, elle me raconte sa vie et celle de sa mère depuis mon départ de Suède.

Karl est revenu deux jours après, en rampant et suppliant. Katarina lui a répondu en appelant la police. Quelques mois plus tard Karl s'est introduit dans la maison où vivait une infirmière et sa fille de huit ans. Il les a violées toutes les deux avant d'être surpris par des voisins inquiets. Ils lui ont brisé le dos avant de le livrer aux flics. Johan lui rend parfois visite dans sa cellule médicalisée. Il en revient généralement le sourire aux lèvres.
Katarina a couché avec Johan jusqu'à l'été suivant. Elle en est tombée enceinte. Johan a quitté la maison. Katarina n'en a pas pleuré. Elle a gardé l'enfant. Une fille qu'elle a nommée Liv. Elle n'a pas eu de relation sérieuse depuis et se contente de coucher parfois avec les clients de passage, si ceux-ci sont à son goût.
Après avoir fuit ses responsabilités, Johan a vécu dans un foyer jusqu'à ce qu'il se découvre un talent imaginaire pour la peinture et un goût prononcé pour l'héroïne. Un homosexuel fortuné l'a abordé dans un bar et lui a offert un toit, de l'argent ainsi qu'une pénétrante chaleur humaine qui doit certainement l'aider à supporter les rigueurs de l'hiver suédois.
Anna a continué ses études dans le marketing où ses talents corporels lui ont permis d'obtenir un diplôme en un temps record. Un maitre de stage adultère lui donna ensuite l'occasion d'être embauchée dans une entreprise de premier plan. La suite est d'une logique effrayante.

Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi. Je sais qu'il me manque d'importantes pièces du puzzle pour appréhender les événements d'Uppsala correctement. Je revois parfois le visage de Johan qui m'observait calmement alors que je traînais son père dans le jardin. Son regard neutre et désabusé braqué sur moi m'avait paru être la seule chose significativement inquiétante de mon séjour en Suède.

Quatre heures trente. J'allume une Marlboro. En venant à ce rendez-vous j'avais pris la secrète résolution de ne pas coucher avec Anna. Peut-être par fierté ou pour prouver ma force de volonté. Je suis fixé sur ma capacité à lui dire non. Je reboutonne ma chemise. Par la fenêtre mes yeux se perdent dans les lumières de New-York et la forme plus sombre de Central Park qui s'étale aux pieds du Plaza. Anna sort de la salle de bain, enveloppée dans une des serviettes blanches brodées de fils dorés de l'hôtel. Je lui demande pourquoi. Elle rit. Elle s'installe dans un fauteuil, croise lentement les jambes. Son explication est courte mais instructive.

La mère de Johan était infirmière. Le jour où Johan devait fêter ses cinq ans, elle est morte renversée par un chauffard à la sortie d'un motel. Elle y trompait Karl deux fois par semaine avec divers médecins de son hôpital. Karl tenta de trouver le réconfort dans l'alcool. Il y trouva surtout Johan, qu'il tabassait et violait régulièrement. Il l'habillait avec les vêtements de sa mère, le coiffait et le maquillait avant de le jeter sur le sol pour lui montrer qui était le maitre de la maison. Cela dura jusqu'à ce que Karl tente de se racheter une conduite et laisse tomber bouteille et sévices. Il rencontra Katarina quelques années plus tard.
C'est la nuit où il la pénétra pour la première fois que Johan ressenti le besoin de dire à Anna ce que son père lui avait fait.

J'enfile ma veste. Je ne suis pas satisfait des réponses d'Anna et je sais qu'elle n'en dira pas plus cette nuit. Elle me conseille de ne plus y penser. Je devrais peut-être suivre sa suggestion. Elle se lève et ajuste sa serviette. Elle m'accompagne vers la porte en jouant avec une de mes cartes de visite. Tous les deux mois elle passe trois nuits au Plaza. Elle me rappellera.

mercredi, 15 octobre 2008

Anna - Quatrième chapitre d'un souvenir suédois.

J'inspecte le téléphone. Je trouve rapidement le message pré-enregistré « Je t'attends ». Je devine son utilité. La facilité avec laquelle les éléments de cette histoire s'enchainent ne m'échappe pas. Je ne suis pas inquiet.

Je sors de ma chambre et me dirige vers celle d'Anna. J'ouvre la porte et pénètre dans la pièce. Anna n'est pas là. Je prends la clef sur la serrure et vérifie rapidement qu'elle n'en a pas d'autres dans les tiroirs de sa table de chevet et de son bureau. Je quitte la pièce.

Katarina et Karl ont une violente discussion. Karl clame son innocence, il affirme ne pas tromper sa compagne. Elle ne le croit pas. Ce soir il dormira dans une autre chambre. Demain il quittera la maison. Elle ne veut plus de lui. Anna feuillette un magazine à quelques mètres de là. L'altercation ne semble pas la troubler outre-mesure. Elle lève la tête et me sourit brièvement avant de retourner à sa lecture. Elle est aussi froide qu'une pierre. Je suis persuadé qu'elle sait ce que je m'apprête à faire. Elle le sait et elle le veut. Je comprends que je suis sa porte de sortie.

Vingt-deux heures. Je suis assis dans ma chambre à profiter d'un silence relatif. Je couvre de notes inutiles les pages d'un moleskine. J'attends. Katarina me rejoint. Elle a pris soin de faire savoir à toute la maison et surtout à Karl que nous allions forniquer. Elle s'installe près de moi. Nous échangeons quelques mots. Elle se rapproche et se colle à moi. Sa poitrine se presse contre mon bras, elle tend les lèvres. Je ne l'embrasse pas. Je sais qu'elle ne veut pas coucher avec moi, même si elle est prête à le faire. Elle désire tester Karl, son amour, sa jalousie, ses sentiments. Elle ne se fait pas d'illusions à ce sujet, mais elle espère. Elle désire le faire souffrir. Si c'est encore possible. Œil pour œil, dent pour dent. Elle désire la vengeance. Comme si l'on pouvait racheter un honneur bafoué en se vautrant dans le stupre et la luxure.

Je la repousse doucement. Je lui dis que ce n'est pas nécessaire. Elle éclate en sanglot. J'allume une cigarette et sers deux verres de scotch. Katarina se calme et me remercie. Quelques minutes plus tard, elle est résignée. Nous parlons de son avenir puis de celui d'Anna. Katarina a beaucoup de projets pour sa fille.
Trois ou quatre verres plus tard, il est temps. J'utilise le téléphone d'Anna pour envoyer le signal que Karl attend fébrilement tous les soirs depuis des mois puis je propose à Katarina de prendre l'air sur le balcon. Elle accepte. Je la conduits près de la chambre de sa fille. La nuit est froide et sans un souffle de vent. Nous discutons à voix basse, regardons les étoiles. Un faible éclair de lumière attire l'attention de Katarina. Quelqu'un vient d'entrer chez Anna. La silhouette de Karl se glisse dans le lit de la jeune fille sous le regard incrédule de sa mère. Je sens Katarina se raidir contre moi. Elle semble se tordre de douleur tandis que Karl amorce le rythme saccadé de ses coups de reins. Katarina s'arrache à moi et s'écarte d'un pas lourd de détermination.

Je la suis. Elle traverse ma chambre puis le couloir et pousse la porte de la chambre d'Anna. Je reste sur le palier. Elle allume la lumière. Les insultes et les jurons pleuvent. Cris, hurlements, pleurs. Karl se lève maladroitement. Il utilise les draps pour cacher sa nudité. Se faisant, il expose Anna à la vue de tous. Elle cache son visage. Elle est secouée de sanglots. Katarina gifle Karl. Elle s'apprête à recommencer quand il la pousse violemment contre le mur. J'avance. Il ne me voit pas. Je l'attrape par les épaules et le jette hors de la chambre. Il percute le mur du couloir et s'écroule. Le sang coule de son cuir chevelu. Je le traine vers l'escalier et le lâche dans les quelques marches qui descendent vers le rez-de-chaussée. Il roule et s'étale sur le sol, sonné. Je prends ses clés sur le guéridon, ouvre la porte d'entrée et le tire à l'extérieur. Johan me regarde depuis le balcon. Il me voit trainer le corps de son père inconscient vers son pickup. Il m'observe, négligemment accoudé à la rambarde. Il fume. Les lumières de l'allée l'éclairent suffisamment pour me permettre de le dévisager quelques secondes. Son air détaché et peu soucieux de venir en aide à Karl s'imprime dans ma mémoire en m'arrachant un frisson.
Karl émerge de son coma alors que je le hisse dans l'habitacle de son véhicule. Je referme la portière en lui conseillant de se rendre aux urgences les plus proches avant de mourir de froid. Je rejoins la maison. Johan a quitté le balcon.

Le couloir est silencieux et sombre. Des veilleuses éclairent faiblement le bas des murs d'une lumière vert pâle. Toutes les portes sont fermées à l'exception de la mienne. Je regagne ma chambre et m'installe sur le lit. Je grille une Marlboro en regardant le plafond. J'éteins les lumières. Il est vingt-trois heures trente.
On tape sur les carreaux de la porte-fenêtre. J'ouvre. Anna entre dans la chambre en grelottant. Elle ne porte qu'une courte nuisette qu'elle enlève aussitôt avant de se glisser sous mes draps, sans dire un mot. Je la regarde sans bouger. J'ai envie de lui faire mal. Je me déshabille et je la rejoins.

Six heures. Nous n'avons pas fermé l'oeil de la nuit. C'est notre septième, peut-être huitième rapport cette nuit. Nous sommes épuisés. J'ai exploré chaque partie de son corps et pénétré tout ce qui était pénétrable avec mon pénis ou mes doigts, parfois les deux et souvent sans ménagement ni douceur. Nous avons taché les draps en de multiples endroits, déchiré des coussins, brisé des lattes du sommier. Je l'ai mordu au sang au-dessus de l'épaule droite. Elle en a joui.
Elle gémit. Je ne sais plus s'il s'agit de plaisir ou de douleur. Les deux sont ici intimement liés. Nous dégoulinons de sueur et d'autres fluides. Elle gémit plus fort. Ses cuisses se serrent autour de moi. J'éjacule. Nous restons la quelques minutes, l'un sur l'autre. Nous reprenons le souffle qui nous manque. Je retire mon membre de son vagin.

Sept heures. Je boucle mon sac de voyage. Anna dort paisiblement. Elle ressemble à un ange dont les cheveux seraient collés par la sueur et le sperme. Je dépose son téléphone et la clé de sa chambre sur la table de chevet. La maison est encore endormie. La porte de Johan est entrouverte. Je devine la forme blonde de Katarina qui dort aux côtés du garçon.
Je souris.
Je laisse une liasse de billet sur la table de la cuisine pour payer mon séjour et j'appelle un taxi. Je me sers un café noir que j'avale d'un trait. Mon vol décolle dans trois heures et je n'en suis pas mécontent. Épuisé, j'ai la désagréable impression que rester plus longtemps serait une douloureuse erreur.

lundi, 6 octobre 2008

Anna - Troisième chapitre d'un souvenir suédois.

Je ne parviens pas à me rendormir. Il est près de neuf heures. J'enfile un jean et une chemise froissée. Je sors de ma chambre et me dirige vers la cuisine. Je sais ce que je cherche. La porte de la buanderie est ouverte. Katarina trie son linge. Elle est penchée sur ses baquets. Elle porte un t-shirt blanc qui moule son abondante poitrine et son ventre raisonnablement plat. Un jean serre avantageusement ses fesses et ses longues jambes. La génétique est une belle chose, le physique d'Anna a de solides bases. Katarina lève la tête et me salue en souriant. Je ne lui réponds pas. J'avance vers elle d'un pas déterminé. Elle se redresse. Elle me regarde sans comprendre. Je passe un bras derrière sa taille et un autre derrière sa tête. Je l'embrasse. Ma langue entre dans sa bouche et rencontre la sienne. Elle se débat, me repousse. Elle me demande ce qui me prend, me demande d'arrêter. Je la pousse et la plaque contre le mur tout proche. Je la serre plus fort encore et l'embrasse à nouveau. Elle se débat toujours mais son manque de motivation est évident. Elle me repousse tout de même. Sans rien dire, nos regards plongent l'un dans l'autre. Je l'embrasse. Sa langue me répond. Je déchire son t-shirt. Elle arrache les boutons de ma chemise. Nous roulons sur le sol. Les baquets de linge renversés nous accueillent entre fureur et plaisir.

Trente minutes plus tard nous sommes étendus nus, sur des paquets de draps jetés sur le sol. Katarina est encore dans mes bras. Le nez dans ses cheveux, je renifle le parfum vanillé de son shampoing bon marché. Elle m'explique qu'elle en avait besoin. Karl ne la touche plus depuis quelques mois. Il est devenu distant et froid. Elle pense qu'il a rencontré quelqu'un, qu'il la trompe. Je la conforte dans son idée. Elle pleure. Je la console. Je lui dis qu'elle ne doit pas se laisser faire, qu'il est certainement plus que temps de réagir. Elle m'assure que c'est ce qu'elle fait. Elle m'embrasse et s'assure que mon pénis est en érection en le caressant quelques secondes. Elle s'installe sur moi.

Il est dix-huit heures. Anna me rejoint dans ma chambre pour une leçon particulière. Elle me propose de finir le travail commencé ce matin. Je comptais sur cette proposition mais j'ai autre chose en tête qu'une fellation. Je la jette sur le lit. Elle rit. Nous nous déshabillons sommairement et nous baisons comme des animaux. Je lui demande des explications. Entre deux gémissements elle me donne les réponses que je lui réclame.

Karl et Johan emménagent avec Anna et sa mère au début du mois de Mars. Anna devine presque aussitôt que Johan deale un peu de marijuana pour subvenir à ses besoins d'adolescent. Anna lui demande de quoi rouler quelques joins. Johan accepte mais après quelques cadeaux la question du paiement vient sur le tapis. Anna n'a pas d'argent, Katarina ne lui en donne que si sa fille participe aux tâches ménagères. Anna propose de le sucer pour effacer son ardoise. Un mois après son arrivée dans la maison, Johan a droit à sa petite gâterie deux fois par semaine.
Johan dérape un soir de fin Avril. En pleine fellation il renverse Anna, lui enlève son pantalon et sa culotte. Anna le regarde faire sans réagir tandis qu'il la pénètre sans ménagement. Elle se garde bien de crier ou d'appeler à l'aide. Johan veut plus qu'une pipe, elle réclamera plus que quelques joins.
En dépit des apparences Anna maitrise la situation. Séduire Karl est pour elle un acte raisonné et logique. Et c'est facile. Elle lui sert quelques œillades et sourires, le croise dans les couloirs en tenue légère, lance quelques allusions prudentes à ses envies et une nuit de Juin, Karl entre dans la chambre d'Anna.
Elle en retire de l'argent et nombre de cadeaux qu'il lui offre discrètement.
Karl et Johan ignorent tout de la relation qu'entretient Anna avec l'autre. Elle évite consciencieusement les rencontres non voulues. C'est elle qui leur dit quand venir. Elle confirme mes hypothèses.

Elle se cambre, griffe mon dos, gémit. Je jouis entre ses cuisses.

Nous nous rhabillons, elle va se recoiffer dans la salle de bain. Je n'ai que quelques secondes pour agir. C'est elle qui arrange ces petits évènements nocturnes, c'est elle qui leur dit quand la rejoindre dans sa chambre. Je fouille rapidement son sac et y trouve son téléphone cellulaire. Je cache l'objet sous mon lit. J'allume une cigarette quand Anna sort de la salle de bain. Elle ramasse ses affaires et quitte la pièce en m'invitant à la rejoindre cette nuit dans sa chambre. Je lui assure que je ne manquerai pas de lui rendre visite.

dimanche, 28 septembre 2008

Anna - Deuxième chapitre d'un souvenir suédois.

Karl est parti travailler depuis plusieurs heures quand je descends à la cuisine en quête d'un café. J'y trouve Katarina. Elle porte une lourde pile de linge. Je lui propose mon aide qu'elle accepte après un refus poli et une discussion sommaire sur la courtoisie et les bonnes manières qui sont décidément, des valeurs qui se perdent. Elle me fait passer dans la buanderie et m'indique le baquet où je peux me délester de ma charge. La pièce est intéressante. De taille réduite, ses murs sont couverts d'étagères ou s'empile le linge propre. Sur le sol, plusieurs baquets reçoivent les draps sales. Machine a laver et sèche-linge se tiennent dans un coin, attendant d'être remplis. Une petite fenêtre placée en hauteur diffuse une lumière douce et agréable. Il y a quelque chose d'apaisant ici qui manque dans le reste de la maison.
Katarina me sert un café. Notre discussion est banale. Le temps, la ville, les gens, la Suède, la France, tout y passe. Katarina est une femme avenante, joyeuse et souriante. Et séduisante. Je note cette observation dans un coin de ma tête.

En fin d'après-midi Anna m'attend. Elle veut travailler son français. Et rester loin de sa mère quelques heures. Quelques gorgées de scotch plus tard nous jouons aux cartes. Je gagne. Elle perd. Étendue en travers de la couette elle s'étire et me confie que son lit n'est pas aussi confortable que le mien. Nous sommes interrompus par Johan. Il désire s'entretenir avec la jeune fille. Anna quitte la pièce.

Il n'est pas encore minuit, les lumières de la maison viennent à peine de s'éteindre. J'extirpe de mon sac ma lourde parka noire et l'enfile. L'action de la veille avait été rapide et de courte durée. J'avais pu supporter sans trop de mal quelques minutes passées à l'extérieur, en dépit de la froideur des nuits suédoises en ce début d'automne. Je passe sur le balcon et rejoins mon poste d'observation. Vêtu sombrement je me fonds sans effort dans l'obscurité. J'attends depuis une demi-heure quand la porte de la chambre s'ouvre pour laisser passer une silhouette. Il lui manque dix centimètres et une trentaine de kilos. Johan a pris la place de Karl. Je n'en crois pas mes yeux. Anna le gère comme une professionnelle. Missionnaire, Andromaque, en une dizaine de minutes elle le vide. Il se lève et enfile son pantalon. Il semble déposer quelque chose sur la table de chevet avant de quitter la pièce.

Je suis là, dans le froid suédois. J'allume une Marlboro, je descends quelques gorgées de scotch. Je réfléchis. Anna baise le père et le fils. Elle est définitivement consentante. C'est elle l'instigatrice de ces évènements nocturnes. Johan lui donne quelque chose en échange de leurs parties de jambes en l'air, elle doit également retirer un avantage de sa relation avec Karl. La douce Anna au visage d'ange est une salope manipulatrice. Plus rien ne bouge dans la pièce. Elle n'a pas verrouillé sa porte après le départ de Johan. Je pourrais entrer par le couloir, me glisser dans son lit et la baiser. Une désagréable impression m'en empêche. Peut-être sait elle que je suis là, que je l'observe. Peut-être attend elle ma venue. Je ne suis sûr de rien mais je décide de jouer la partie à ma façon. Je regagne ma chambre et me couche.

Mon réveil indique six heures. Un bruit m'a réveillé. Ma porte s'ouvre lentement et laisse passer une silhouette féminine. Anna, s'approche de mon lit. Je ne dis rien, je ne bouge pas, je simule un sommeil lourd et paisible. Après un court moment d'observation elle glisse la tête sous les draps. Elle se saisit doucement de mon sexe. En quelques secondes mon pénis est dur comme la pierre. Elle l'embouche. Sa langue est agile et expérimentée. Je cesse rapidement de feindre le sommeil. La gamine est une experte. Je suis au bord de l'explosion quand elle arrête brusquement la fellation. Elle s'extirpe des couvertures et se colle contre moi. Elle ne porte qu'une nuisette légère. Je peux sentir sa vulve nue frotter contre ma hanche. Ses seins se pressent sur mon côté. Je sens son souffle caresser mon visage. Elle dit qu'elle m'a attendu toute la nuit. Elle est déçue que je ne sois pas venu. Je m'abstiens de répondre. L'envie de la posséder ma noue l'estomac. Elle le sent. Elle sort du lit et quitte rapidement la chambre, me laissant une colossale érection et une énorme frustration.

mardi, 23 septembre 2008

Anna - Premier chapitre d'un souvenir suédois.

La vie réserve nombres de surprises. Parfois bonnes, parfois mauvaises. Anna, par exemple, est une bonne surprise. Je l'ai croisé par hasard ce matin. Un hasard invraisemblable puisque lors de notre dernière rencontre elle résidait à quelques milliers de kilomètres d'ici et ne semblait pas prendre le chemin de la working girl en tailleur coupé sur mesure que j'ai retrouvé aujourd'hui. La Suède est un pays accueillant. Les gens y sont très .. suédois. La suédoise en particulier est assez proche du stéréotype que tout le monde connait.

C'était il y a quelques années. Je passais deux semaines à Uppsala, pour affaire.

Uppsala est la quatrième ou cinquième ville du pays en terme de population, elle abrite la plus ancienne université de toute la Scandinavie. Je me sais attendu dans la plupart des hôtels de la ville, aussi je suis les conseils d'un ami et je trouve une chambre d'hôte luxueuse et confortable dans un quartier calme et discret. La maison est tenue avec goût par Katarina, trente-cinq ans, blonde aux formes généreuses. Elle vit depuis quelques mois avec un homme de dix ans son ainé (nous le nommerons Karl). Katarina est la mère d'Anna qui doit avoir dans les seize ou dix-sept ans.
Anna est belle et fraiche. Aussi blonde que sa mère, la nature lui a confié un corps incroyablement parfait et un visage angélique et souriant illuminé par deux yeux d'un bleu surnaturel. Elle semble innocente et douce. Evidement, je pense immédiatement à ce que je pourrais lui faire, le soir dans sa chambre, à quelques mètres seulement de la couche de sa mère. Tout mâle normalement constitué et sain d'esprit aurait la même réaction : une volée de pensée salace et une érection d'envergure non négligeable.
Karl a un fils du même âge qu'Anna : Johan. C'est une famille recomposée au rythme de vie confortable et sans soucis dont je rencontre tous les membres dès ma première journée en Suède. J'avoue que j'étais ivre.

La jeune Anna m'excite. Et je remercie ma bonne étoile quand Katarina vient me demander si par gentillesse je pourrais aider sa fille chérie à progresser dans la langue de Molière. Le concept de la leçon particulière m'arrache un sourire. Je m'empresse d'accepter. Elle, moi, ma chambre. Nous discutons en français. La langue que nous sommes seuls à parler dans cette maison, ma personnalité ... irrévérencieuse... et l'alcool aidant, Anna me fait confiance assez rapidement. Elle fume mes Marlboro, boit mon scotch, rie très fort et me raconte sa vie de jeune fille modèle, étouffée par les espérances démesurées d'une mère obsédée par la réussite de son enfant.Elle me révèle un visage très différent de celui qu'elle présente à Katarina. Elle n'a rien d'innocent, bien au contraire, elle me semble désabusée, blasée avant l'heure.

Après quelques leçons je décide d'agir. Je repère la chambre d'Anna, au bout du large couloir, à trois portes de la mienne et juste en face de celle de Katarina et Karl. Un long balcon court le long de l'étage, joignant toutes les chambres de ce coté de la maison et m'offrant un accès rêvé. J'emporte mes cigarettes et ma flasque pour prétexter une amicale discussion nocturne qui m'ouvrira la porte de la jeune fille. Minuit passé, la maison semble endormi depuis une bonne heure. Je sors et longe le balcon. Je m'arrête devant sa porte et m'apprête à taper légèrement sur ses carreaux quand quelque chose me stoppe net dans mon élan. Je me dissimule dans les ombres et observe ce qui se passe dans la chambre. Anna ne dort pas, loin de là. Elle est à quatre pattes sur son lit. Une silhouette corpulente la prend en levrette. Ce ne peut être que Karl, Johan est bien trop fluet pour que cette silhouette ne soit la sienne et il n'y a pas d'autres hommes dans la maison que nous trois. Ils changent de position. Anna semble prendre activement plaisir à leur rapport. Je les regarde baiser en supportant la violente érection qui déforme dans mon pantalon. C'est assez rapide, Karl fini son affaire en cinq minutes. Je regagne ma chambre et entrouvre ma porte. Celle d'Anna ne tarde pas à s'ouvrir. Je passe dans le couloir et me jette sur l'interrupteur. Karl est là, en caleçon, sa main encore posée sur la poignée de la porte. Il hésite, nous nous regardons. Je lui explique que j'ai besoin de glace (un scotch se boit sec, mais la glace est toujours une bonne excuse) et lui souhaite bonne nuit. Il acquiesce péniblement d'un mouvement de tête coupable et regagne sa chambre, tétanisé par la peur.

Que se passe-t-il dans cette maison ? Ça n'avait rien d'un viol. Et à ma connaissance, selon les lois suédoises, Anna est sexuellement majeure et libre de choisir ses partenaires sans contrainte d'âge ni de situation. Karl et Katarina ne sont pas mariés. Je me retrouve seul, dans ma chambre, avec un bol de glace pillée, une masse de questions et quelques hypothèses sans fondements que je noie rapidement dans le single malt. Je décide de prendre le temps d'observer la suite des évènements.

vendredi, 5 septembre 2008

Les lendemains de Jack.

Je me lève de bonne humeur. Je vidange ma vessie dans les toilettes avant d'enfiler un caleçon. Dans la cuisine, un string noir pend négligemment, accroché à la poignée du réfrigérateur. Je prépare vaguement un café et allume une cigarette en tentant de rassembler quelques souvenirs de la veille. Le café est prêt. J'emporte ma tasse et le string vers la porte d'entrée. Je renifle le sous-vêtement. L'odeur ne me dit pas grand chose. C'était humain, et féminin, c'est indéniable, mais je ne mettrai pas de nom sur le sujet. Je pose ma tasse sur le guéridon en merisier. Je prends mes lunettes de soleil qui trainent sur le meuble et les installe sur mon nez, je récupère mon café et jette le string sur mon épaule droite. J'ouvre la porte et fais quelques pas. Courrier et journal m'attendent sur le sol de pierre. Je me gratte plaisamment l'entrejambe et me baisse sans la moindre élégance pour ramasser quotidien et factures.
J'aperçois la fille des Bergmans qui termine son jogging matinal. Elle me fait signe de la main en souriant, elle ne s'arrête pas. Les Bergmans habitent quatre maisons plus haut. Ce sont des vieux cons bourgeois, pétris de préjugés puants. Dans les cinquante ans, ils finissent de dépérir, enfermés dans la routine et leur besoin maladif d'être bien vus par le reste du monde en général et par le quartier en particulier. Leur fille, Maud je crois, a fêté ses 18 ans cette année, ou quelque chose comme ça. Blonde, un visage classique et avenant, très bien faite de sa personne. Elle est loin du stéréotype de la beauté glacée et anorexique. Je crois qu'elle me dit bonjour, j'agite mon journal pour lui rendre son salut. Je me demande si elle oubliera ses culottes chez moi. Je regarde son petit short s'éloigner et me gratte les testicules à l'aide de mon précieux journal.
Je fais le tour de la maison en suivant la petite allée de pierre qui serpente à travers la pelouse. Je contourne la piscine et m'installe sur un sofa. Un bruit attire mon attention. Le jacuzzi bouillonne. Une bouteille de Lagavulin flotte dans l'eau. Pas de doutes, je suis passé par là hier soir. La baie vitrée s'ouvre derrière moi. Je me retourne. Iphigénie Duval, c'est donc elle. C'est assez logique. C'est aussi une voisine. Mariée, sans enfant. C'est une belle femme de trente ans, brune et fine, un physique entretenu, son visage est triste et ses yeux sont d'un bleu éteint. Son conjoint l'attend chez elle, tétraplégique depuis une petite année. Un accident de voiture. Et je n'y suis pour rien.
Les souvenirs de la veille me reviennent par bribes. Je l'ai rencontré en fin d'après-midi. J'étais dans le parc, je lançais des cailloux sur les gosses du coin. Je l'ai entendu pleurer, assise seule sur un banc. Je l'ai reconnu et me suis avancé vers elle. Elle a essuyé ses larmes, nous avons discuté. Je revois le restaurant. Nous avons vidé plusieurs bouteilles avant de filer profiter du jacuzzi. Le reste reviendra plus tard.
Elle me regarde, visiblement pressée de partir.
«  Je n'ai pas retrouvé ma culotte. » J'hésite un moment avant de rassembler suffisamment mes esprits. «  Elle est là. » Je lui tends son sous-vêtement. « Merci. » Elle enfile le string . Je regarde le bout de tissu grimper rapidement le long de ses jambes et disparaître sous sa jupe. Elle semble un peu gênée. « Jack, je ... » J'attends la suite mais la fin de la phrase ne vient pas. Elle s'éloigne en me marmonnant de laisser tomber. Je regrette d'avoir laissé mon paquet de clope à l'intérieur. Il va me falloir une sacré dose d'aspirine pour faire passer cette gueule de bois.

mardi, 19 août 2008

Edgar Allan Poe - Annabel Lee.

En ce moment, je relis les poèmes de Poe. Annabel Lee est certainement celui que je préfère. C'est aussi le dernier poème complet écrit par Edgar. J'en parlerai peut-être plus longuement prochainement. En attendant, je crois que le plus simple est de laisser parler Edgar.

Annabel Lee

It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of Annabel Lee;
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.

I was a child and she was a child,
In this kingdom by the sea:
But we loved with a love that was more than love —
I and my Annabel Lee;
With a love that the winged seraphs of heaven
Coveted her and me.

And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud, chilling
My beautiful Annabel Lee;
So that her highborn kinsmen came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea.

The angels, not half so happy in heaven,
Went envying her and me —
Yes! — that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud by night,
Chilling and killing my Annabel Lee.

But our love it was stronger by far than the love
Of those who were older than we —
Of many far wiser than we —
And neither the angels in heaven above,
Nor the demons down under the sea,
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee:

For the moon never beams, without bringing me dreams
Of the beautiful Annabel Lee;
And the stars never rise, but I feel the bright eyes
Of the beautiful Annabel Lee;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darling — my darling — my life and my bride,
In her sepulchre there by the sea,
In her tomb by the sounding sea.

- Edgar Allan Poe.-

mardi, 12 août 2008

Alexandre Soljenitsyne - L'Archipel du Goulag.

Donc, pour faire bref : C'est de la merde. Voila.

lundi, 4 août 2008

Alexandre Soljenitsyne - L'Archipel du Goulag.

Tout le monde connait son nom, mais personne ne connait ses livres.

J'ai lu l'Archipel du Goulag, il y a longtemps. Et je lui avais trouvé pas mal de similitudes avec une belle merde. Je m'étais fait chier. Je me souviens de ce jour là comme si c'était hier, ce jour ou Alexandre Soljenitsyne m'a poussé à la boisson alors qu'il se dorait la pilule dans le Vermont, goûtant le climat de la Nouvelle Angleterre.
Cette année là, les Balkans brûlaient des milles feux de la guerre, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies adoptait la résolution 748, les émeutes de Los Angeles répondaient à l'affaire Rodney King, l'Europe des 12 signait le traité de Maastricht, Bill Clinton remportait son premier mandat, Albertville accueillait les jeux olympiques d'hiver, Tenzin Gyatso, 14ieme Dalaï Lama reconnaissait officiellement Orgyen Trinley Dorje comme le 17ieme Karmapa, Derek Alton Walcott se payait le prix Nobel de littérature et Tom Waits lâchait son « Bone Machine » sur le monde.
Je crois que je déployais déjà une bonne dose de cynisme. Peut être parce que j'avais réussi à me passer des amis sincères et des relations sociales qui permettent à l'individu de se forger une identité correctement normalisée et calibrée sur les courants, les modes et la valeur des apparences. Je l'avoue, j'ai abordé l'Archipel du Goulag sans désir et je l'ai lu sans passion. L'un dans l'autre, la conclusion semble logique.

Mais j'ai beau être un sale con, je ne dirais pas que l'Archipel du Goulag est une merde. Mettez ça sur le compte du respect ou d'un reste de conscience. Je vais réserver mon jugement, juste le temps de parcourir à nouveau le sujet. Si c'est vraiment une merde, je ne manquerais pas de vous mettre vigoureusement en garde.

jeudi, 31 juillet 2008

Jack Kerouac – On The Road.

Pendant longtemps, j'ai côtoyé des gens qui me vantaient Kerouac et son bouquin. De loin, ce livre semblait être une sorte d'icône mystique capable de révéler au premier crétin venu les mystères de la liberté de vivre et de penser. On The Road (Sur la Route) est un de ces livres que l'on note dans sa liste de bouquins à lire tôt ou tard, pour contenter sa curiosité, par espoir, pour se donner un genre. Je me suis abstenu de le lire jusque récemment. Par peur d'abord, d'aborder trop inconsidérément un tel monument. J'attendais le bon moment, l'instant propice où je pourrais me vautrer dans ses mots, en tirer la révélation tant attendue et apprécier pleinement ce que beaucoup semblaient considérer comme un livre saint. Puis parce que l'idée de lire Kerouac m'est simplement sortie de la tête. J'ai perdu mes idées d'adolescent soucieux de son image et mes conceptions d'étudiant idéaliste. Si je l'ai lu ça n'est pas pour avoir l'air cool, je n'espérais pas non plus y trouver des réponses. Je l'ai lu par curiosité et certainement aussi par respect pour la Beat Génération. Je crois que je n'aurais pas pu trouver de meilleures raisons.

Mai 1951. Jack Kerouac s'installe dans sa chambre New-Yorkaise avec quelques flacons de benzédrine. Complètement camé, il colle ensemble des feuilles de papier à calligraphie japonaise en utilisant un simple rouleau de scotch. Il forme ainsi un rouleau de 36 mètres de long qu'il engage dans sa machine à écrire. La dope aidant il lâche en trois semaines 400 pages qui formeront le premier jet de On The Road (Sur la Route). Kerouac appelle ça la « prose spontanée ». Il affirme fièrement que cette technique d'écriture – déchiré par la came, sans se soucier de la grammaire, l'orthographe, la syntaxe ou même du sens de ses phrases – lui permet de décrire la réalité. Pour lui les mots écrits dans cet état sont «  tous spontanés et donc purs et donc intéressants et en même temps, ce qui me réjouit le plus : rythmiques » (Jack Kerouac, lettre à Malcolm Cowley, 11 septembre 1955). Content de lui, Kerouac file voir son éditeur, armé de son rouleau illisible et incompréhensible. 6 années de correction seront nécessaires pour arriver à tirer quelque chose de ce fatras sans queue ni tête (une composante essentielle de la prose spontanée étant l'absence totale d'ordre dans les faits et les idées, le tapuscrit de Kerouac n'a ni début ni fin, ni même de véritable trame). On The Road (Sur la Route) sortira en 1957, rencontrera un succès médiatique colossal et plongera Kerouac dans la déchéance. Reconnu comme un auteur américain majeur, il sombre dans l'angoisse et la dépression. Il boit toujours plus pour supporter la peur et la pression que lui amène la célébrité.

On The Road (Sur la Route) est un roman pseudo-autobiographique. Les protagonistes majeurs de l'histoire, Sal Paradise et Dean Moriarty sont les reflets de Jack Kerouac et Neal Cassady (un autre ivrogne de la Beat Génération, mais celui-ci n'a rien écrit, où presque). Le livre relate leur rencontre et leurs virées à travers les États-Unis et le Mexique.

Je ris à l'idée que ce bouquin ait fait office de phare dans la nuit pour des générations de connards espérant suivre la voie de l'homme libre.

Il n'y a aucune liberté dans ce livre. Il n'y a que Sal Paradise, subissant son environnement, spectateur durant les trois quarts du volume. Il manque totalement de consistance et horripile par son absence. Et ce crétin de Dean Moriarty qui nourrit un profond irrespect pour tout ce qui n'est pas lui, au point que l'on rêve de le passer sauvagement à tabac pour le laisser sur le carreau, suppliant, la plupart des os de son corps brisés par les conséquences de ses actes. Et il ne se passe rien. 400 pages de rien menées par des personnages au mieux insipides et transparents, au pire exécrables et énervants. Alors si le contenu est aussi mauvais, peut être le contenant est-il plus avenant ? Le style de Kerouac est assez fluide et rapide, les mots sont simples et les idées sont explicitement posées en travers du papier. Et c'est vrai, le rythme est la... jusqu'au moment où il s'absente pour vous laisser vous enliser dans l'ennui et l'envie de boire pour oublier la douleur de la lecture présente. Non, le contenant fait illusion quelques pages mais il se révèle rapidement lassant et insipide.

J'avoue, j'ai été déçu. Même si je n'attendais pas de ce torchon qu'il soit le phénomène culturel que tout le monde semble croire, j'espérais lire un bon bouquin, du moins dans les limites du raisonnable. Mais non. La vérité brute et sans détours s'impose à moi avec la force d'un coup de batte dans l'entrejambe.

On The Road est une merde.

mardi, 29 juillet 2008

Ashura

Je suis souvent perturbé par le souvenir obsédant de cette fille. Ashura. C'est le pseudonyme qu'elle s'était choisi pour arpenter le web à l'époque où j'ai fait sa connaissance. Pour autant que je sache, elle l'utilise toujours. J'avoue que je préfère utiliser son pseudonyme plutôt que son prénom : ça facilite les choses et les rend moins personnelles. Je me souviens vaguement de la date de notre première prise de contact (certainement il y a une dizaine d'année sur un newsgroup, une mailing list ou un chan IRC Manga – oui, à l'époque j'étais très manga – ) et pas du tout du contenu de notre discussion d'alors. Nous n'étions pas vraiment amis, nous connaissions juste les mêmes personnes.

Ashura était petite. Elle portait des lunettes qui n'arrangeaient pas les traits assez communs de son visage. Ses cheveux longs et raides tombaient sans grâce dans son dos. Elle était comme le Jack de l'époque, geek, rôliste et férue de culture japonaise. Elle n'était pas vraiment belle, ni très intelligente non plus, mais pour moi, elle avait quelque chose de magnétique. Sexuellement magnétique.

Pour une raison que je ne m'explique pas, son corps me fascinait et me trouble encore aujourd'hui au travers de souvenirs probablement idéalisés. Les corps plus désirables et sexys que celui d'Ashura sont innombrables mais elle ... elle me donnait envie de l'attraper, d'arracher rageusement ses vêtements et de lécher chaque centimètre carré de sa peau, passer ma langue dans chacun de ses orifices, la pénétrer fermement en laissant courir mes mains sur ses formes, la prendre avec force et détermination jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce que nos corps en sueur ne puissent plus bouger. Et recommencer.

Quelques souvenirs particuliers me reviennent en tête à chaque fois que je pense à elle et me font toujours ressentir ce désir furieux qui gonfle mon entrejambe.

D'abord, le métro. Nous attendions qu'une rame daigne s'arrêter en discutant de choses et d'autres avec quelques amis. Ashura s'étirait, probablement dans le but de détendre ses muscles après sa longue journée de travail. Elle joignait ses mains, levait les bras au-dessus de sa tête et poussait. Un mouvement assez classique. Son pull se tendait sur sa poitrine en la comprimant, laissant subtilement poindre les reliefs de ses tétons sous le tissu de ses vêtements. Je devinais ses seins fermes et lourds d'une forme parfaite. Je les estimais dessinés pour tenir exactement dans mes mains. Ma bouche était sèche et un début d'érection me tourmentait. Je baissais les yeux sur les courbes de son ventre, continuais jusqu'à ses hanches que je désirais violemment saisir pour la maintenir tandis que je plongerais ma tête vers sa vulve, jetant ma langue sur son clitoris. Le métro arrivait. Elle rentrait chez elle avec son futur mari, je regagnais mes pénates avec ma future ex, le pénis douloureux et les testicules au bord de l'explosion.

Ensuite, son appartement. Pour une raison que j'ai pris soin d'oublier j'étais installé dans son salon, sur son canapé. Nous étions seuls, tous les deux, chez elle. Elle me montrait sa collection de vidéo, les derniers volumes d'une série japonaise. Je la revois me tourner le dos et se pencher en avant pour essuyer la grande table située devant la baie vitrée. Ses fesses étaient mises en valeur par ses pantalons légèrement moulants et ses hanches bougeaient au rythme des passages de l'éponge sur le bois. Elle se hissait sur la pointe des pieds pour couvrir toute la surface du meuble. J'ai retourné cette scène dans ma tête des milliers de fois. Ce qu'elle aurait pu être, ce qui s'est finalement produit... J'aurais dû m'arracher au canapé et me placer derrière elle. Calmement, je l'aurais poussé contre la table et l'aurais plaqué sur le bois en parcourant vigoureusement son dos de mes mains fermes et résolues. Je me serrais penché sur elle, soufflant légèrement derrière son oreille avant d'embrasser son cou, sa nuque, ses épaules. Je l'aurais redressé suffisamment pour glisser une main sous sa chemise, caressant son ventre et remontant jusqu'à ses seins dont j'aurais délicatement parcouru les courbes avant de faire jouer mes doigts autour de ses tétons. Mon autre main aurait rejeté le pantalon d'Ashura sur ses chevilles. J'aurais exploré les lignes de ses hanches et de ses fesses avant de faire chuter sa petite culotte le long de ses jambes. Mes doigts se seraient alors occupés de son clitoris, de ses lèvres et de son vagin. Je me serais attardé aussi longtemps que nécessaire avant de la pénétrer. Mon pénis n'attendant que le bon moment pour plonger profondément entre ses cuisses. Une fois son soutien-gorge dégrafé ses seins lourds et pleins auraient battu dans ma main la mesure imposée par mes mouvements. J'aurais attendu qu'elle jouisse en allant et venant en elle, continuant à jouer avec son clitoris. Puis je me serais retiré, l'aurais caressé et enfoncé deux doigts dans son vagin pour prélever de quoi lubrifier son anus. Lentement, avec attention, je l'aurais sodomisé, serein et calme. Les mains posées de part et d'autre de ses hanches frémissantes, j'aurais pu, quelques minutes plus tard, venir en elle en râlant de plaisir. Nous aurions finalement glissé tout deux sur le sol, le souffle court, terrassés par la petite mort. J'aurais pu, mais je n'ai pas. En lieu et place de ce scénario je me suis contenté d'occuper ma place, m'efforçant de nourrir une insipide discussion de sujets insignifiants alors que toute mon attention se portait sur la monumentale érection qui menaçait de jaillir de mon caleçon si je n'arrivais pas à la calmer. L'idée qu'elle puisse deviner mon pénis gonflé et dur comme la pierre à travers mon pantalon me semblait dans un même temps horriblement gênante et terriblement excitante. Je dissimulais autant que possible mon état quand elle vint s'asseoir prés de moi pour visionner une vidéo. L'odeur de sa peau arrivait à mes narines. Une odeur forte et poivrée qui me semblait affreusement enivrante. Je la dévisageais aussi discrètement que possible tandis que le petit écran l'hypnotisait. Les formes de sa poitrine se devinaient aisément derrière la chemise de bonne coupe qu'elle portait. Elle laissait quelques boutons déboutonnés, pas assez pour que l'on puisse appeler ça un décolleté mais suffisamment pour affirmer nettement une touche d'érotisme subtil. Mes yeux remontaient les lignes de son cou, suivaient son menton pour atteindre ses lèvres. L'envie de plonger ma langue dans sa bouche me nouait l'estomac. J'imaginais le contact humide de sa salive, les jeux auxquels pourraient se livrer nos langues et nos lèvres. Je dérivais vers des visions plus décisives dans lesquelles j'attirais sa bouche au point d'y insérer mon pénis en pleine folie turgescente. Dans l'instant, je ne doutais pas qu'elle puisse être une experte de la fellation. Je me voyais la laisser s'occuper de moi jusqu'à ce qu'une violente éjaculation ne nous surprenne en inondant sa bouche et m'arrache un soupir, comme une libération après l'attente fébrile de la jouissance. Je l'aurais laissé avaler ou recracher ma semence, à sa convenance avant de l'embrasser profondément. Je l'aurais repoussé sur le canapé en la déshabillant totalement avec autant de douceur que possible. Mes mains auraient ensuite couru sur son corps tandis que mes lèvres et ma langue se livreraient à un cunnilingus dantesque, la noyant sous les orgasmes, n'arrêtant que lorsqu'elle m'en supplierait. Mais je ne fis rien de tout ça. Mes testicules devenus incroyablement douloureux, je m'excusais et prenais congés en prétextant certainement un métro à ne pas rater.

C'était Ashura. Pas d'amour ni de sentiments. Juste une incroyable et incompréhensible attraction sexuelle qui me poussait au bord de l'explosion à chacune de nos rencontres. Pourquoi n'ai je rien tenté pour assouvir ma soif de son corps ? Parce qu'alors j'étais quelqu'un de bien. Avec un sens de la morale, de la justice et de l'honneur idéalisés. Des concepts qui dans un monde comme le notre sont plus facilement assimilés à des obstacles et des défauts qu'à des qualités. Alors, j'étais quelqu'un de bien. J'étais aussi en relation affective avec une entité féminine qui a occupé une place importante dans mon existence, Ashura était pratiquement mariée – état de fait qu'elle a finalisé par la cérémonie et l'enfantement. Le Jack d'aujourd'hui réagirait différemment. Célibataire, un mot d'elle et il la retrouve discrètement dans une chambre (ou tout autre endroit de son choix) pour lui donner tout ce qu'il garde pour elle depuis qu'ils se sont perdus de vue.

mardi, 29 juillet 2008

Je suis Jack.

J'ai porté de nombreux noms par le passé, certains de mon choix, d'autres imposés par les gens et les circonstances. Aujourd'hui, je m'appelle Jack. Chacun de mes noms ou pseudonymes correspondaient à des états d'esprit, des motivations et des valeurs différentes. Jack n'est qu'une étape vers le niveau suivant. Avec un peu de chance, Jack n'existera que le temps de détruire ma vie et celles de quelques autres personnes. Jack n'est ni méchant, ni mauvais. Jack est réaliste. Jack dit ce qui doit être dit et ce qu'il veut dire. Jack veut nettoyer son existence des poids qui l'encombrent. Jack est cynique, dur, aigri. Jack ne plait pas à tout le monde, mais Jack s'en moque.

Je suis Jack.